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Société

Le Roi de l’Automobile.

Cette sensation, tout à fait nouvelle, que de fois j’en goûtai la force et le charme, au cours de ce voyage exquis, où je retrouve constamment mon admiration et, je puis le dire, ma reconnaissance, pour cette maison roulante idéale, cet instrument docile et précis de pénétration qu’est l’automobile, et surtout — puisqu’il faut bien finir par tout ramener à soi — l’automobile créée par vous, cher monsieur Charron, pour mes curiosités et mes vagabondes rêveries…C’est pour cela que j’aime mon autom...

« L’homme est libre, la société le déprave. »

Il y a une religion de la Liberté, il y a une religion de l’Honneur, il y a une religion de l’Homme. Aux grands jours de son histoire, notre peuple n’a jamais voulu distinguer entre elles. C’est au nom de l’honneur, et non de la sécurité, de l’intérêt, du bien-être, c’est au nom de la dignité incessible et insaisissable de l’homme en face de l’État, qu’il exige la liberté.

Respirer, Paul Valéry.

La liberté est une sensation. Cela se respire. L’idée que nous sommes libres dilate l’avenir du moment. Elle fait s’éployer à l’extrême dans nos poitrines je ne sais quelles ailes intérieures dont la force d’enlèvement enivrant nous porte. Par une ample, fraîche, profonde prise de souffle à la source universelle où nous puisons de quoi vivre un instant de plus, tout l’être délivré est envahi d’une renaissance délicieuse de ses volontés authentiques.

Les sentiments communs.

L’histoire montre facilement qu’un peuple, tant qu’il ne possède pas des sentiments communs, des intérêts identiques, des croyances semblables, ne constitue qu’une poussière d’individus, sans cohésion, sans durée et sans force. L’unification qui fait passer une race de la barbarie à la civilisation s’accomplit par l’acceptation d’un même idéal. Les hasards des conquêtes ne le remplacent pas.

La guerre et le progrès.

Lorsque de grands événements secouent le monde, on évoque par la pensée les hommes qui les ont préparés, qui les ont conçus ou qui les ont annoncés et l’on se dit qu’il n’est pas juste qu’ils ne voient pas ça. C’est injuste parce qu’il est très rare qu’un homme ait su dire d’avance comment les choses se passeraient. Et puis il est tellement plus difficile de prévoir un avenir immédiat qu’un avenir lointain ! Vous le voyez bien par la lecture des journaux depuis quelques jours : prédire la chute ...

Troubles de la circulation.

Le mal remonte loin ; Paris n’est pas jeune et, à tous les âges, il s’est plaint d’un encombrement de ses artères. Déjà, aux premiers temps de sa croissance, lorsqu’il ne possédait, à proprement parler, qu’une rue qui le traversait du nord au sud, cette voie, était si étroite que, à certaines époques, vendanges ou moissons, on ne pouvait pas s’y remuer. Il fallut la doubler par une autre voie parallèle, et c’est pourquoi nous avons, à peu de distance l’une de l’autre, nos rues Saint-Denis et Sai...

Une course de chars.

Par un des plus beaux matins du bel automne qui s’achève, dans une des grandes forêts qui environnent Paris, j’ai vu un spectacle antique et nouveau. Sur les vieilles voies romaines transformées en pistes que gardaient des cavaliers au casque orné d’une crinière, des coureurs, montés sur des machines retentissantes, se disputaient des prix. Un peuple nombreux, accouru des villages voisins, acclamait les conducteurs intrépides. De jeunes femmes au visage délicat et à la peau fine, qui s’étaient l...

Les débuts du tourisme.

En dépit du voyage à jamais mémorable de Gulliver chez le peuple intéressant de Lilliput et des relations plus ou moins véridiques écrites depuis le capitaine Cook jusqu’au capitaine Marryat, l’imagination timide des géographes ne rêve plus les lointaines découvertes. Ils se sont contentés de tracer le cercle figuratif de l’univers, et, contemplant le globe de la hauteur de leur compas, ils ne cherchent plus à en reculer les limites.

L’appétit des Parisiens.

Quand quelque chartiste avisé nous donnera enfin une histoire critique de la cuisine française, il ne devra pas négliger de nous renseigner sur les origines de ce grand art, éminemment national. Admirable sujet d’études et de méditations, et qui mérite d’être traité d’après les scientifiques formules de l’école, car ces origines furent des plus modestes, on le soupçonne maintenant, et nous, Parisiens, devons particulièrement nous enorgueillir en comparant nos plus simples repas d’aujourd’hui ave...

Individualisme et liberté.

Le despotisme, qui, de sa nature, est craintif, voit dans l’isolement des hommes le gage le plus certain de sa propre durée, et il met d’ordinaire tous ses soins à les isoler. Il n’est pas de vice du cœur humain qui lui agrée autant que l’égoïsme : un despote pardonne aisément aux gouvernés de ne point l’aimer, pourvu qu’ils ne s’aiment pas entre eux. Il ne leur demande pas de l’aider à conduire l’État ; c’est assez qu’ils ne prétendent point à le diriger eux-mêmes. Il appelle esprits turbulents...

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