Main Area

Main

La famille, base des sociétés.

… Selon la loi nouvelle, le père n’est plus responsable du fils, et le crime du père n’entache plus sa famille. En harmonie avec les différentes émancipations qui ont tant affaibli la puissance paternelle, ce système a fait triompher l’individualisme qui dévore la société moderne. Aussi, le penseur aux choses d’avenir voit-il l’esprit de famille détruit, là où les rédacteurs du nouveau code ont mis le libre arbitre et l’égalité. La famille sera toujours la base des sociétés. Nécessairement temporaire, incessamment divisée, récompensée pour se dissoudre encore, sans liens entre l’avenir et le passé, la famille d’autrefois n’existe plus en France. Ceux qui ont procédé à la démolition de l’ancien édifice ont été logiques en partageant également les biens de la famille, en amoindrissant l’autorité du père, en faisant de tout enfant le chef d’une nouvelle famille, en supprimant les grandes responsabilités ; mais l’état social reconstruit est-il aussi solide avec ces jeunes lois, encore sans longues épreuves, que la monarchie l’était malgré ses anciens abus ? En perdant la solidarité des familles, la société a perdu cette force fondamentale que Montesquieu avait découverte et nommée l’honneur. Elle a tout isolé pour mieux dominer, elle a tout partagé pour affaiblir. Elle règne sur des unités, sur des chiffres agglomérés comme des grains de blé dans un tas. Les intérêts généraux peuvent-ils remplacer les familles ? Le temps a le mot de cette grande question. Néanmoins la vieille loi subsiste, elle a poussé des racines si profondes que vous en retrouvez de vivaces dans les régions polaires. Il est encore des coins de province où ce qu’on nomme le préjugé subsiste, où la famille souffre du crime d’un de ses enfants où d’un de ses pères.

 

Honoré de Balzac, Le Curé de village

2017-2018. Herald.fr