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Paul Valéry

Respirer, Paul Valéry.

La liberté est une sensation. Cela se respire. L’idée que nous sommes libres dilate l’avenir du moment. Elle fait s’éployer à l’extrême dans nos poitrines je ne sais quelles ailes intérieures dont la force d’enlèvement enivrant nous porte. Par une ample, fraîche, profonde prise de souffle à la source universelle où nous puisons de quoi vivre un instant de plus, tout l’être délivré est envahi d’une renaissance délicieuse de ses volontés authentiques.

Propos sur le progrès, Paul Valéry.

Les artistes naguère n’aimaient pas ce qu’on appelait le Progrès. Ils n’en voyaient pas dans les œuvres beaucoup plus que les philosophes dans les mœurs. Ils condamnaient les actes barbares du savoir, les brutales opérations de l’ingénieur sur les paysages, la tyrannie des mécaniques, la simplification des types humains qui compense la complication des organismes collectifs.

Composition d’un port.

Un langage gorgé de termes baroques, exubérants et de tout âge, chargé comme le latin d’Apulée, conviendra pour célébrer (non pour décrire, qui est une triste besogne) tout ce qui encombre l’ouïe, la vue et l’odorat, excite l’esprit, amuse l’être, aux abords, sur les quais, sur l’eau lourde d’un port de mer.

Économie de guerre de l'esprit, Paul Valéry.

Tout ce que l’homme a fait, et qui l’a fait homme, eut pour première fin et pour condition première, l’idée et l’acte de constituer des réserves. Des réserves du loisir. Le loisir rêve, pense, invente, développe les lueurs, combine les observations ; de quoi résultent bien des conséquences qui ont transformé la condition humaine et nos rapports avec toutes choses, extérieures ou non.

Présentation du « musée de la littérature », Paul Valéry.

Le problème général d’une Exposition est de faire voir : il consiste à assembler, à mettre en évidence et en valeur ce qui est ordinairement dispersé, retiré, réservé à quelques-uns, peu accessible, et pour beaucoup, véritablement inconnu. On s’ingénie à disposer dans une enceinte et à rendre le plus sensible aux regards les moyens et les résultats de quelques-unes des formes de l’activité humaine.

L'Amérique, projection de l'esprit européen, Paul Valéry.

Si le monde moderne ne doit pas en venir à une ruine universelle et irrémédiable de toutes les valeurs créées par des siècles de tâtonnements et d’expériences de tout genre, et si il doit atteindre un certain équilibre politique, culturel et économique, il faut regarder comme probable que les diverses régions du globe, au lieu de s’opposer par leurs différences de tous ordres, se compléteront par elles.

Coup d’œil sur les lettres française, Paul Valéry.

Donner en quelques mots une idée des Lettres françaises… Ce problème est paradoxe, car toute littérature est variété illimitée, et la nôtre se distribue sur plus de cinq siècles, pendant lesquels les changements de la vie matérielle, morale et politique les plus profonds se sont produits. Mais, ce paradoxe même est bien français. Il caractérise déjà notre esprit.

Images de la France, Paul Valéry.

Il n’est pas nation plus ouverte, ni sans doute de plus mystérieuse que la française ; point de nation plus aisée à observer et à croire connaître du premier coup. On s’avise par la suite qu’il n’en est point de plus difficile à prévoir dans ses mouvements, de plus capable de reprises et de retournements inattendus.

Fluctuations III. Victimes de la liberté, Paul Valéry.

Plus d’une chose de prix, et quelques-unes du plus grand prix, font les frais de la liberté. Comme la liberté de nos mouvements n’est pas d’abord ressentie, mais succède comme sensation à quelque empêchement qui s’abolit – ou bien se fait imaginer sous pression d’une gêne, ainsi la liberté politique ou celle des mœurs, ou celle de la pensée ne sont pas primitives, mais se conçoivent, se dessinent, se fortifient dans les esprits et s’imposent après de longues périodes de contraintes, de discip...

Fluctuations II. La Politique nous parle aussi de liberté, Paul Valéry.

La Politique nous parle aussi de liberté. Elle parut d’abord n’attacher à ce terme qu’une signification juridique. Pendant des siècles, presque toute société organisée comprenait deux catégories d’individus dont le statut n’était pas le même les uns étaient les esclaves ; les autres étaient dits « libres ». A Rome, les hommes libres, s’ils étaient nés de parents libres, s’appelaient « ingénus » ; s’ils avaient été libérés, on les disait « libertins ». Beaucoup plus tard, on appela libertins ceux...

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