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L’Appel aux coloniaux.

Eugène Étienne, député d’Oran, sous-secrétaire d’État aux colonies dans le cabinet Gambetta (1881-1882) et sous Jules Ferry (1883-1885). Pour encourager les vocations et pour soutenir dans l’opinion la colonisation, est fondée en 1907, la Ligue coloniale française. Ce texte fondateur rédigé par Eugène Étienne constitue un remarquable exemple de la propagande coloniale du début du siècle passé.

 

A tous les hommes de labeur et de bonne volonté qui, à un titre quelconque, travaillent à la prospérité de nos colonies et s’intéressent à leur sort, la « Ligue Coloniale Française » adresse un appel que leur patriotisme ne saurait manquer d’entendre.

Elle leur dit : Unissez-vous, pour que la force qui résultera de cette union assure, dans les conditions les plus solides et les plus larges, le succès de la cause à laquelle vous avez déjà apporté l’appoint de vos dévouements individuels. Unissez – vous pour que, du rapprochement de vos esprits et de l’association de vos énergies, notre empire colonial reçoive l’impulsion nécessaire à son entier développement.

La tâche à laquelle vous êtes conviés est aussi utile que belle. Elle consiste à créer en France un foyer d’ardentes sympathies pour notre domaine d’outre-mer et à stimuler le zèle de tous ceux qui peuvent consacrer à l’avenir de ce domaine une activité souvent en peine de s’employer dans les cadres encombrés de la vie métropolitaine.

Vous serez, vous les coloniaux militants, les premiers à en éprouver l’heureux effet. Quand vos généreuses initiatives seront soutenues comme elles méritent de l’être, quand, en quittant la France, vous aurez la certitude d’y laisser derrière vous des amitiés fidèles, attentives aux efforts que vous allez tenter sur des terres lointaines, vous vous sentirez à la fois plus hardis et plus forts et, de cette confiance en vous-mêmes, le pays recueillera le bénéfice le plus précieux.

Ainsi, après tant d’autres, vous éprouverez les bienfaits de la solidarité.

Cette solidarité, c’est, tenant en un seul mot, tout le programme de la « Ligue Coloniale Française » : créer entre tous les coloniaux un lien aussi étroit que permanent, d’eux une sorte de grande famille dont tous les membres en quelque lieu du monde qu’ils se trouvent, se prêteront mutuellement assistance et aide, tel est le but qu’elle se propose. Et ce but, elle le place sous l’égide de la tradition morale qui est le patrimoine de notre race, c’est-à-dire sous l’invocation directe de l’esprit de progrès et d’humanité que la France n’a jamais cessé de symboliser aux yeux du monde. Le travail dans la paix, telle est sa devise. La « Ligue Coloniale Française » ne comprend l’œuvre colonisatrice que comme une œuvre d’émancipation, de moralisation et de relèvement de la personne humaine par le labeur fécond qui est la première condition de sa dignité.

En servant ainsi la cause de l’humanité, la France servira aussi la sienne. Et c’est là ce qu’il importe de faire comprendre clairement à tous.

Aujourd’hui, la politique coloniale est devenue pour tous les peuples une nécessité. Les petites nations ne sont grandes que par elle, et les grandes ne peuvent maintenir leur puissance qu’en ouvrant, sur un globe où la place devient de plus en plus précieuse, le plus vaste champ possible à l’activité sans cesse accrue de leurs citoyens.

Et c’est un tel moment que la France choisirait pour méconnaître l’importance d’un empire d’outre-mer que la prévoyance de ses plus grands hommes d’État, le dévouement et l’héroïsme de ses explorateurs et de ses soldats lui ont si méritoirement conquis ?

Comme jadis ses rois, « qui ne traitaient pas en marchands », mais qui cédaient l’Inde à l’Angleterre et sacrifiaient le Canada, où prospèrent aujourd’hui, en dehors de l’influence française, trois millions de Français, la France d’aujourd’hui risquerait de faire faillite à tout un passé de gloire, de sacrifices généreux et de labeur humanitaire ?

Cela ne peut pas être. Le rôle de la « Ligue Coloniale Française » sera de veiller à ce que cela ne soit pas.

C’est pourquoi, gardienne vigilante de nos plus belles traditions nationales, défendant le patrimoine séculaire que les générations qui se succèdent ne doivent plus se transmettre qu’en voie de croissante prospérité, la « Ligue Coloniale Française » invite toutes les intelligences, toutes les énergies à collaborer a son œuvre patriotique. Que tous les partisans de la cause coloniale répondent à son appel et lui adressent leur adhésion. C’est faire acte de bons citoyens que de s’unir pour le bien du pays qui ne fait qu’un avec celui de « la plus grande France ».

 

Circulaire de M. Étienne, président du Comité directeur, 1ᵉʳ avril 1907.

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